Le Building Information Modeling est souvent présenté comme la promesse d’une collaboration parfaitement fluide, où les données circulent sans friction entre tous les acteurs d’un projet. Sur le terrain, la réalité est plus contrastée, pertes d’informations, incompatibilités entre logiciels et ressaisies multiples viennent encore freiner cette ambition. C’est précisément dans ce contexte que l’Open BIM trouve sa pertinence. Plus qu’un concept, il propose une approche structurée de l’interopérabilité, permettant à chaque intervenant de travailler avec ses propres outils tout en partageant une base de données commune et exploitable.
Mais entrer dans l’Open BIM implique de comprendre un écosystème de standards souvent perçus comme complexes. Plutôt que de les voir comme une accumulation d’acronymes, il est plus juste de les considérer comme des briques complémentaires, chacune répondant à un besoin spécifique pour structurer la donnée, encadrer sa qualité, faciliter les échanges et fluidifier la collaboration. Il serait toutefois illusoire de penser que ces standards suffisent à eux seuls. La qualité de la donnée produite en amont reste déterminante, un modèle mal structuré ou incomplet restera inexploitable, quel que soit le format d’échange utilisé.
L’Open BIM ne corrige pas les erreurs, il les rend simplement visibles et partageables. Bien maîtrisé, il devient en revanche un levier puissant pour décloisonner les pratiques et fiabiliser les processus.
Les 4 formats
L’IFC (Industry Foundation Classes) constitue le cœur de l’Open BIM. Il s’agit d’un format ouvert et neutre permettant de décrire un bâtiment à travers sa géométrie, ses propriétés techniques et les relations entre ses éléments, indépendamment de tout logiciel propriétaire.
À quoi ça sert vraiment ?
À rendre la donnée exploitable au-delà de son outil d’origine. Un fichier IFC ne se limite pas à une maquette 3D, il permet d’extraire des informations ciblées (structure, lots techniques, surfaces, etc.) pour alimenter des usages spécifiques. En pratique, cela réduit fortement les ressaisies et facilite la continuité des workflows, à condition que le modèle source soit correctement structuré.

Le SAF (Structural Analysis Format) est un format d’échange ouvert, basé sur Excel (.xlsx), dédié aux ingénieurs structure. Il permet de transférer des modèles analytiques entre logiciels de calcul.
À quoi ça sert vraiment ?
À limiter les écarts entre le modèle dessiné et le modèle calculé. Le SAF permet de traduire un modèle physique (poutres, poteaux, dalles) en modèle analytique (axes, appuis, charges) sans ressaisie manuelle. Il contribue ainsi à fiabiliser les hypothèses de calcul et à fluidifier les itérations entre conception et dimensionnement. Son adoption reste toutefois dépendante des outils utilisés et des pratiques des équipes.

Ces standards ne poursuivent pas le même objectif, mais leur combinaison permet de structurer un écosystème cohérent.
| Format | Usage principal | Public cible |
|---|---|---|
| IFC | Échange de modèle et de données | Tous les acteurs |
| BCF | Gestion des remarques et coordination | BIM managers, coordinateurs |
| IDS | Définition et contrôle des exigences | MOA, BIM managers |
| SAF | Échange de modèles analytiques | Ingénieurs structure |
L’IDS (Information Delivery Specification) permet de formaliser précisément les exigences en matière de données dans un projet BIM. Il définit quelles informations doivent être présentes dans un modèle IFC, selon les usages attendus.
Le BCF (BIM Collaboration Format) est un format léger dédié à la gestion des remarques et des problèmes dans un projet BIM. Il permet d’associer un point précis d’une maquette à un commentaire, une vue et un statut de suivi.
À quoi ça sert vraiment ?
À organiser la coordination sans alourdir les échanges. Le BCF remplace les rapports statiques par un système dynamique de gestion des issues et chaque remarque est localisée, documentée et traçable. Son efficacité repose toutefois sur son intégration dans un processus de suivi rigoureux et partagé par l’ensemble des acteurs.
En Bref
L’Open BIM n’est pas seulement technique. Il réside dans la capacité des équipes à produire une donnée fiable, à définir des règles claires et à s’inscrire dans des processus partagés. C’est à cette condition que l’Open BIM peut réellement tenir sa promesse, non pas supprimer toutes les frictions, mais les rendre maîtrisables.








